Mise à jour le 23.03.2026
Chloé LE DANTEC
4 minutes

Les châteaux disparus de Pierrefitte

Le château de Pierrefitte
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© Archives municipales / Commune déléguée de la ville de Pierrefitte-sur-Seine
Au XIXe siècle, deux grandes propriétés surplombaient ce qui constitue aujourd’hui le centre-ville de Pierrefitte. Remplacés par l’arrivée des lotissements de ville, les « châteaux de Pierrefitte » ont disparu en nous livrant quelques-uns de leurs secrets.
Le château de Pierrefitte
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Une grande bâtisse claire, qui reste encore aujourd’hui entourée de mystère : la demeure dite « le Château » se situait approximativement au 10 de la rue de Paris et se dévoile sur cette carte postale ancienne.

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© Archives municipales / Commune déléguée de la ville de Pierrefitte-sur-Seine
Affiche publicitaire pour le lotissement du parc  et du château de Pierrefitte (1907)
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Affiche publicitaire pour le lotissement du parc et du château de Pierrefitte (1907)

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© Bibliothèque nationale de France
Plan du quartier centre-ville de Pierrefitte
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Plan intégré à un prospectus de présentation du nouveau lotissement. On y voit le «château» à l’angle de la rue de Paris et de ce qui est aujourd’hui l’avenue Pierre-Brossolette.

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© Archives municipales / Commune déléguée de la ville de Pierrefitte-sur-Seine

Difficile, en se promenant derrière la mairie de Pierrefitte aujourd’hui, d’imaginer le parc de plusieurs hectares qui s’étendait, il y a encore un siècle, de la rue de Paris jusqu’au bout de l’avenue de la Mairie (aujourd’hui Pierre-Brossolette) et de la rue Ledru-Rollin (aujourd’hui boulevard Pasteur) à la rue Guéroux. D’autant plus lorsque l’on sait qu’un château s’y dressait, que l’on situe au 10 de la rue de Paris — et qui apparaît sur la reconstitution du Pierrefitte du XIVe siècle, dans le livre de Roger Fréville, Pierrefitte, ma ville, paru en 1976. Un château dont on n’a que peu de traces, si ce n’est celles du pressoir qui le jouxtait et qui servait à la production de vin, cédé en 1381 par un religieux de Saint-Denis au conseiller du roi et maître des comptes, Pierre de Chatel.

On retrouve la mention d’une grande demeure sur des plans de 1840, au même endroit — demeure ayant été occupée par Charles Albert Joseph Defauconpret des Vieux Bancs, premier maire de Pierrefitte entre 1800 et 1816. Elle apparaît alors sur des cartes postales et est dépeinte dans un guide de l’époque comme une « maison de campagne » remarquable et dont le domaine abrite « une des plus belles collections de plantes et de fleurs rares qui soient aux environs de Paris ». Rachetée en 1903 par L’Épargne foncière et immobilière des Quinze-Vingts à la famille Labbé de Montais, qui évoque « le château de Pierrefitte », la demeure devient château dans la mémoire collective.

De maison de campagne à lotissement de ville

À une époque où les communes doivent répondre au besoin grandissant de logements, la société immobilière décide de diviser le terrain en 120 parcelles de lotissement. Dans les années 1920, le nouveau quartier est composé d’immeubles, de villas et de pavillons, et a trouvé ses habitants : 130 personnes sont recensées dans la rue de la Mairie en 1921. Avenue Ledru-Rollin (renommée boulevard Pasteur en 1923), des militants pierrefittois achètent un terrain sur lequel sera édifiée la Maison du Peuple. En 1938, l’urbanisation de l’ancien parc du « château » est parachevée par l’arrivée d’un nouvel axe : le boulevard Jean-Mermoz, où le tramway T5 et la N1 passent aujourd’hui.

Le second château

Non loin de là, au croisement des rues Étienne-Dolet (anciennement rue Gloriette), Guéroux et Armand-Brette, trônait une autre grande demeure, où vécut le naturaliste Alcide d’Orbigny, connu pour ses voyages et pour ses nombreux travaux en zoologie, botanique, géographie… et qui y mourut en 1857. Avant lui, le domaine avait été habité, de 1834 à 1841, par le comédien Frédérick Lemaître qui y avait trouvé une « retraite cachée dans les arbres comme une sorte d’oasis au milieu de cette plaine unie et calme qui s’étend depuis Paris jusqu’à Montmorency ». Dans les mémoires publiées par son fils, on trouve une description détaillée des « gigantesques pins », des « longues et sombres allées de chênes et de tilleuls », et des « jardins anglais, pelouses, vergers et potagers » qui s’y trouvaient. En 1900, quand la Petite Propriété Foncière Française rachète le terrain pour y construire des lotissements, elle présente la propriété comme « Le château de Frédérick Lemaître » bien que celui-ci ne l’ait jamais connu dans sa dernière forme. Le projet s’étend alors de la rue Étienne-Dolet à la gare, et constitue l’une des premières phases d’urbanisation de la commune de Pierrefitte. 

Le second château
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Le second « château » (lotissement du parc Frédérick-Lemaître). Carte postale. Édition Besson.
 

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© Archives municipales / Commune déléguée de la ville de Pierrefitte-sur-Seine
Frédérick-Lemaître

Des hommes de lettres à Pierrefitte

En 1834, le comédien Frédérick Lemaître, qui est alors au sommet de sa gloire, jette son dévolu sur le domaine qui abritera plus tard le second « château », celui de la rue Étienne-Dolet, après avoir entendu une rumeur selon laquelle un lord anglais y aurait mené une vie solitaire avant de mettre fin à ses jours. Lemaître s’y installe pour 35 000 francs. Pendant ses années pierrefittoises, il entreprend des travaux, organise des fêtes mémorables et invite probablement de grands noms de l’époque, dont Balzac ou Théophile Gautier. En 1841, rattrapé par ses dettes, Frédérick Lemaître revend le domaine pour 43 000 francs.