Contre les fermetures de classes, la municipalité aux côtés des parents d’élèves et des syndicats d’enseignant·es
« Ce n’est pas un simple ajustement, mais une véritable saignée, sans précédent pour nos écoles ! » Au micro, les mots sont forts, à la hauteur de l’exaspération des parents d’élèves, des enseignant·es et professeur·es présents. Réunis sur le parvis de l’hôtel de ville dionysien de Saint-Denis - Pierrefitte, vendredi 3 avril, toutes et tous ont répondu à l’appel de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de Saint-Denis - Pierrefitte pour dénoncer les fermetures de classes dans les écoles primaires et les suppressions de postes dans les collèges et lycées.
Lundi 23 mars, la Direction académique des services de l'Éducation nationale (DASEN) a annoncé, pour la rentrée de septembre 2026, la fermeture de 296 classes et l’ouverture de 115 autres dans les écoles primaires de Seine-Saint-Denis. À Saint-Denis - Pierrefitte, 43 classes seraient supprimées (34 à Saint-Denis et 9 à Pierrefitte) contre seulement 9 ouvertures de classes. Au final, Saint-Denis - Pierrefitte pourrait perdre 34 classes de primaire.
Aucune fermeture, plus de professeur·es
Une situation inacceptable pour Karine Franck, présidente de l’Union des conseils locaux (UCL) de la FCPE Saint-Denis-Pierrefitte. « Les classes sont déjà extrêmement surchargées, même dans les classes 100% réussite. On est au maximum du taux, c’est-à-dire 15 élèves, constate-elle. Si on ferme des classes, on va se retrouver avec des classes surchargées de 25, par exemple pour des CP alors que l’apprentissage de la lecture est très important… » En plus des fermetures, elle déplore les moyens moindres pour les professeur·es et aussi pour les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH), qui doivent répartir moins de temps entre plus d’enfants. La FCPE revendique auprès de l’Éducation nationale : « Aucune fermeture, plus de professeur·e·s, plus d’AESH, plus de personnel encadrant comme les secrétaires, les gardiens. Et aussi des médecins scolaires. » Le dernier parti à la retraite il y a deux ans n’a pas encore été remplacé.
L’intersyndicale FSU-CGT-SUD-CNT était aussi présente lors du rassemblement organisé la FCPE vendredi 3 avril.
Des conditions de travail qui ont un impact négatif sur les élèves. « On a besoin de plus d’attention pour les enfants. Ils sont en souffrance. Les enseignant·es aussi », observe Tania Brun, Dionysienne dont les enfants sont scolarisés à Saint-Denis - Pierrefitte. « Il y a énormément de personnels qui ne sont pas formés, en difficulté et moins épaulés par des collègues titulaires. Et donc ça craque plus facilement », ajoute-elle. Conséquence : les absences de professeurs se multiplient, sans que les moyens soient mis pour proposer des remplacements. « On sent qu’il n’y a plus de marge de manœuvre et donc ça prend tout de suite des proportions dramatiques. Deux mois d’absence non remplacée, c’est quelque chose de courant », regrette-elle.
Un an en moins sur toute la scolarité
« Les enfants du 93 perdent en moyenne un an sur l’ensemble de leur scolarité, affirme Cathy Billard, enseignante au lycée Angela-Davis - Rosa-Parks. Donc évidemment, ça signifie qu’il est extrêmement difficile pour eux de préparer les examens du bac, qu’il soit général, technologique ou professionnel », complète-elle. Pour elle, la baisse démographique, avancée comme argument par la DASEN, doit justement servir d’opportunité pour améliorer les conditions d’enseignement dans le premier degré. « Ça serait un gâchis considérable au regard des besoins qui sont ceux des élèves de Saint-Denis - Pierrefitte », résume-t-elle.
« Au niveau national, l’État investit 8800 euros pour un collégien en moyenne, contre 6200 pour un collégien en Seine-Saint-Denis. Cela correspond à 30% d’investissement en moins, calcule Célia Kollika, enseignante d’anglais au collège Jean-Lurçat. Cette statistique est alarmante parce qu’elle montre que, dans notre territoire, l’État provoque des ruptures d’égalité entre les élèves. On est dans une forme de discrimination territoriale », appuie-t-elle.
Faire entendre les besoins
« Dans cette ville, chaque fois qu’on a voulu quelque chose, il a fallu se battre », déclare Catherine Da Silva, directrice de l’école Taos-Amrouche et secrétaire départementale de la FSU-SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et des professeurs d’enseignement général de collège). Elle, qui a participé aux mobilisations de 2014 et 2024, ne lâche pas l’affaire auprès du ministère de l’Éducation nationale pour faire entendre les besoins des élèves, des parents d’élèves et du corps enseignant. « C’est extrêmement agaçant de toujours devoir remettre sur la table notre spécificité : un département le plus jeune et le plus pauvre de la France hexagonale, un département où il y a 60% d’éducation prioritaire. L’État est dans l’obligation de nous donner les moyens, sinon on ne fera que reproduire des inégalités sociales, et ça s’est insupportable pour les enseignant·es que nous sommes », conclut Catherine Da Silva, qui prône la relance du Plan d’Urgence 93 pour répondre aux enjeux d’éducation dans le département.
Lors de sa prise de parole sur le parvis de l’hôtel de ville, le maire de Saint-Denis - Pierrefitte Bally Bagayoko, entouré des élu·es de la majorité municipale, a réaffirmé son soutien à la mobilisation, marquant une rupture avec le mandat précédent. « Nous serons présents en nombre, et ce sera constant », assure le maire, qui poursuit : « On aura un travail particulier à faire avec les différents syndicats et la FCPE pour recenser les attentes et que nous puissions avoir des réponses concrètes du préfet. » Par la lutte pour l’éducation dans le 93, l’édile vise à remettre au premier plan national le sujet de l’éducation, au cœur notamment des débats de la future campagne présidentielle de 2027.
Soutien aux grévistes
La municipalité avait déjà apporté son soutien aux enseignant·es grévistes le 31 mars. Les élu·es de la majorité municipale étaient à leurs côtés dans les écoles, comme par exemple à Victor-Hugo, dans le quartier Delaunay-Belleville-Semard. Sur les grilles de l’établissement, on pouvait lire sur une banderole : « Non aux fermetures de classes. Des moyens pour nos écoles ».
Une banderole dénonçant les fermetures de classes, sur les grilles de l’école Victor-Hugo, dans le quartier Delaunay-Belleville-Semard, le 31 mars.
Une dizaine d’élu·es de la majorité municipale étaient aussi présents à l’assemblée générale de l’intersyndicale FSU-CGT-SUD-CNT, réunie le même jour à la bourse du travail à Saint-Denis - Pierrefitte. Fermeture des postes spécialisés dans l’accueil des élèves allophones (dont la langue maternelle est une langue étrangère), absence d’un véritable statut pour les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH), pressions pédagogiques... Les élu·es présents ont pris note des problématiques rencontrées par les enseignant·es et professeur·es, qui impactent négativement leur capacité à travailler dans des conditions sereines, dans l’intérêt de leurs élèves. Incluse dans le programme de la majorité municipale, la remunicipalisation progressive de l’entretien des écoles a notamment été abordée au cours des discussions de l’assemblée générale.