"Les expulsions de locataires sont une catastrophe sociale"
TROIS QUESTIONS À : Marie Huiban, militante au sein de l’antenne Plaine Commune de l’association Droit au logement.
Pouvez-vous nous expliquer la raison de ce rassemblement devant l’hôtel de ville de Saint-Denis ?
Marie Huiban : Le 1er avril marque la fin de la trêve hivernale et la reprise des expulsions. Leur nombre a malheureusement explosé ces dernières années, et la Seine-Saint-Denis est particulièrement touchée. La nouvelle municipalité porte plusieurs propositions qui rejoignent les nôtres. Nous sommes aussi ici parce que nous savons qu’il y aura de la résistance face à ces propositions. La question du logement et celle de l’immobilier sont des questions de profit. L’État mène actuellement une politique de répression contre les locataires, les mal-logés, contre le droit au logement en général. C’est pour ces raisons qu’il nous semble indispensable d’être mobilisés.
Marie Huiban, militante du DAL pour les habitants de Plaine Commune. Derrière elle, des photos d’immeubles insalubres.
Quelles sont les actions menées par votre association ?
MH : À Saint-Denis et sur le territoire de Plaine Commune, le DAL existe depuis 2020, et nous menions des luttes depuis 30 ans avant ça, sans avoir de comité propre. Nous avons mené un certain nombre de luttes, notamment avec des collectifs d’habitants de logements insalubres, ou à la suite d’incendies. Nous avons aussi défendu les habitants du 48, rue de la République, où a eu lieu l’assaut antiterroriste en 2015. Notre association représente par ailleurs les habitants au sein du bailleur Plaine Commune Habitat. Au-delà de la lutte contre les expulsions, nous réclamons des logements mieux entretenus. Plusieurs de nos membres militent à partir de leur situation personnelle. C’est par exemple le cas du collectif LASAD (Amicale des locataires autour du stade Auguste-Delaune), du collectif Les Oubliés du DALO, qui regroupe des personnes en attente d’être relogées, ou du collectif de l’îlot 8. Je suis moi-même locataire de Plaine Commune Habitat.
Quelles revendications souhaitez-vous porter auprès de la nouvelle équipe municipale ?
MH : Le DAL réclame un arrêté d’interdiction des expulsions de locataires s’il n’y a pas d’option de relogement. En général, ces décisions sont cassées par le tribunal administratif et la préfecture (le nouveau maire, Bally Bagayoko, a signé un arrêté anti-interdictions le 1er avril, qui a effectivement été considéré non conforme à la loi le lendemain. Le tribunal administratif de Montreuil devra trancher la question prochainement, ndlr). C’est toujours un bras de fer. Mais le temps que la décision soit rendue, cet arrêté est tout de même appliqué. Nous voulons que la mairie demande à l’ensemble des bailleurs au sein desquels elle siège de faire cesser les expulsions, qui sont une catastrophe sociale. Aujourd’hui, une personne expulsée se retrouve à la rue sans solution. En Seine-Saint-Denis, le 115, qui propose des hébergements d’urgence, ne répond aux besoins que de 3 à 4 personnes sur les 700 qui appellent chaque jour.
Le maire de Saint-Denis – Pierrefitte Bally Bagayoko a discuté avec plusieurs habitants mobilisés contre le mal-logement et les expulsions locatives.
La première adjointe au maire Cécile Gintrac a reçu pendant plus d’une heure Marie Huiban et les militants du DAL pour écouter les besoins et revendications des habitants.
La première adjointe a indiqué aux militants du DAL que la municipalité aurait besoin de leur expertise pendant ce mandat.