La Meulière : « construire un tiers-lieu qui rayonne à l’international »
Quelle est la genèse du projet ?
Wassyl Abdoun Tamzali : J’ai organisé un festival de musique électronique (Phonetics) dont la 2e édition s’est déroulée à Saint-Denis en 2021. C’était très compliqué car c’était la période du Covid. On a dû repousser plusieurs fois cette édition en raison des multiples interdictions. C’était un festival basé sur des résidences artistiques et je souhaitais me sédentariser. J’ai donc eu l’idée d’ouvrir mon propre lieu pour avoir un modèle économique plus stable et plus solide. En tant que Dionysien, je voulais installer le projet à Saint-Denis, et nulle part ailleurs. C'est la plus grande ville du département le plus jeune et le plus pauvre de France. Cela me paraissait donc logique de construire un projet culturel et social avec un volet formation et apprentissage pour les jeunes.
Quel est le concept de ce nouveau tiers-lieu ?
W. A. T. : Le projet LAPS (Lieu d’apprentissage pluriel et singulier) consistera tout d’abord à créer un nouveau lieu de diffusion musicale (capacité de 100 personnes) dans le quartier de La Plaine. Ce sera aussi un lieu d’apprentissage aux métiers d’ingénierie du son, dans un quartier où il y a de nombreuses sociétés de production et de post-production audiovisuelle (TSF, Dubbing Brothers, etc.) à la recherche d’une main-d’œuvre qualifiée. On utilisera la création contemporaine pour faire des passerelles éducatives. Notre partenaire, l’association CODE (qui accompagne les jeunes et les adultes du territoire dans leurs projets d’emploi, de formation et d’entrepreneuriat, NDLR), nous enverra des jeunes en formation pendant nos résidences de création. C’est ce volet éducatif qui a plu à la Ville de Saint-Denis, au Département et à la Région. Le projet culturel ne se résume pas à proposer des concerts.
"Une bibliothèque d’instruments électroniques"
Le site accueillera aussi une bibliothèque d’instruments électroniques (synthétiseurs, boites à rythmes, etc.) qui seront utilisés par les artistes en résidence, les producteurs franciliens et les jeunes du quartier. Tout le monde n’a pas les moyens de les acheter car ils coûtent assez cher (de 5 000 à 50 000 euros pour certains synthés). Le site proposera aussi un café audiophile, un concept store (vente d’instruments, de vinyles, etc.), un studio d’enregistrement, un studio radiophonique, un fablab pour les fabricants de matériel audio, des bureaux dédiés à des labels et des agences de booking, etc.
Des lieux de diffusion, des résidences d’artistes et des écoles, il y en a partout. Mais, un projet qui mélange de multiples activités (lieu de diffusion, résidences d’artistes, bibliothèque d’instruments…), à ma connaissance, cela n’existe pas. Je n’ai jamais entendu parler non plus de projets qui allient résidences d’artistes et apprentissage. Notre ambition, c’est de construire un lieu qui rayonne à l’international, un lieu qui soit connu pour utiliser des instruments assez uniques, avec des conditions d’écoute parfaites.
Quelle sera la programmation ?
W. A. T. : Nous allons proposer de la musique électronique au sens large, avec notamment une partie « musique expérimentale ». On souhaite mettre en valeur les instruments de musique électronique. Une chose est sûre : la programmation sera éclectique car il y a une grande pluralité de publics dans le quartier. On va essayer de plaire à tout le monde. Nous souhaitons aussi créer des moments fédérateurs pour que tout le monde puisse s’y retrouver et se rencontrer. Pourquoi pas même organiser des soirées karaoké avec autotune (logiciel qui corrige les notes qui ne sont pas chantées dans le ton juste, NDLR). Enfin, je précise qu’il ne s’agit pas de construire un club en plein milieu de Saint-Denis. Nous n’aurons pas l’agrément pour ouvrir de nuit. Les évènements auront lieu en journée et en soirée, mais cela ne devrait pas dépasser 1h du matin.
Quand ce nouveau lieu devrait-il ouvrir ?
W. A. T. : C’est difficile à dire car il y a encore pas mal d’étapes administratives à franchir. Lors du conseil municipal du 19 février dernier, la Ville a approuvé l’attribution des locaux de « La Meulière » à mon association (Grand Angle) via un bail emphytéotique administratif. Donc, c’est dans les tuyaux ! Reste à finaliser les démarches administratives et à faire les travaux, avant l’ouverture du lieu prévue à l’horizon 2027-2028.