90 ans du Front populaire : dans le Saint-Denis des années 1930
Villes ouvrières, historiquement communistes, Saint-Denis et Pierrefitte participent à l’histoire nationale lors du Front populaire. C’est à cette coalition des partis de gauche, qui a remporté les élections législatives cette année-là, que l’on doit de grandes avancées pour les droits des travailleurs : semaine de 40h, congés payés...
La naissance du Front populaire
Au début des années 1930, la France connaît une montée de l’extrême droite, dans un contexte de crise économique et politique. L'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne, en 1933, renforce la peur du fascisme en Europe. Le 6 février 1934, des ligues d’extrême droite manifestent violemment à Paris, ce qui provoque des affrontements avec les forces de l’ordre.
Face à cette menace, les partis de la gauche française forment une coalition dans l'espoir de remporter la majorité aux élections législatives de mai 1936 : le Front populaire est né. Il se compose alors du Parti radical, de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) et du Parti communiste.
Meeting de la victoire de juin 1936 au cinéma Kermesse, alors installé près de l’actuelle Poste de la rue de la République.
Grèves ouvrières
Juste après la victoire aux élections législatives de mai, les grèves ouvrières se multiplient dans tout le pays. Parti du Havre, dans les usines Bréguet, suite au licenciement d’ouvriers qui avaient refusé de travailler le 1er mai, le mouvement prend une ampleur inédite et s'étend à l’ensemble du territoire français. Pendant deux mois, les travailleurs occupent les usines. Ils ont plusieurs revendications : meilleurs salaires, réduction du temps de travail, reconnaissance des syndicats…
© Archives municipales de Saint-Denis
À Saint-Denis et à Pierrefitte-sur-Seine, de nombreux travailleurs et travailleuses participent, dans une attitude pacifique, et une ambiance souvent bon enfant - comme ici à l'usine Hotchkiss dite "du Barrage" (rue Bonnevide). Cette atmosphère particulière vaudra au mouvement de mai-juin 1936 le surnom de "grèves de la joie."
© Archives municipales de Saint-Denis
Les deux villes comptent en effet une large population ouvrière : on compte pas moins de 26 000 ouvriers à Saint-Denis en 1929. Les quartiers Pleyel et La Plaine sont particulièrement concernés, car ils abritent de nombreuses usines. La métallurgie domine, mais on compte également des usines d'armement, une plâtrière à Pierrefitte, des constructions navales avec les Ateliers et Chantiers de la Loire...
Les avancées historiques
Rapidement, les accords de Matignon puis les lois sociales du Front populaire répondent aux revendications : la semaine de 40 heures, les conventions collectives et les premiers congés payés sont votés.
© Archives municipales de Saint-Denis
Sous le Front populaire, on encourage également l’accès à l’éducation, à la culture et au sport pour toutes et tous, par exemple avec le développement de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), créée en 1934. Son premier secrétaire général n'est autre qu'Auguste Delaune, habitant de Saint-Denis et membre du Club sportif ouvrier dionysien. Devenu résistant pendant la guerre, il mourra torturé par la Gestapo en 1943 et donnera son nom au parc des sports de la ville.
Le Front populaire gouvernera le pays pendant près de 3 ans. Ce chapitre de l'histoire française, ses mesures fortes et l'enthousiasme populaire qui l'aura accompagné, laissera un héritage important. Notamment à Saint-Denis et Pierrefitte, où le développement d’une offre sportive, culturelle et de loisirs forte est resté un axe majeur de la politique locale, jusqu’aujourd’hui.
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