Des lycéens de Paul Eluard découvrent la musique baroque
« Nous jouons beaucoup de morceaux de musique de cour. Il s’agit en quelque sorte de l’ancêtre de la variété. Cela fait référence à la musique que l’on jouait pour Louis XIV qui adorait avoir de la musique autour de lui, lors des naissances, des mariages, pour accompagner son coucher… », explique Marie Théoleyre, la jeune soprano qui vient d’interpréter un morceau de Jean-Baptiste Lully aux côtés du joueur d'archiluth Yuli Bayeul, tous deux membres de l’Ensemble il Caravaggio.
Face à eux, les élèves de deux classes (seconde et première) du lycée Paul Eluard, venus assister à un concert « jeunes talents » du Festival de Saint-Denis, ce vendredi 13 février. Ce dernier, qui propose depuis 1969 des œuvres majeures du répertoire classique interprétées par des artistes de renommée internationale et de jeunes artistes prometteurs, s'est rendu dans 12 lycées de la région Île-de-France (6 départements au total), du 2 au 13 février dernier. Une action financée par la région Île-de-France.
Objectif : « aller à la rencontre des jeunes pour les ouvrir à la musique classique, pour réduire leurs barrières et leurs préjugés sur cette musique », explique Maëlys Vinzant, chargée des actions de sensibilisation du Festival de Saint-Denis. Et d’ajouter qu’il s’agit pour eux d’une « esthétique musicale qui n’ont pas l’habitude d’écouter au quotidien ». Raison pour laquelle « on leur donne les clefs d’écoute et de compréhension pour qu’ils puissent l’écouter de la meilleure façon possible et se l’approprier ».
Le répertoire a été soigneusement choisi pour « faire des liens avec des musiques qu’ils connaissent mieux : le rap, la chanson française, la variété, etc. », poursuit Maëlys Vinzant. Ce vendredi 13 février, le répertoire de musique baroque (Jean-Baptiste Lully, Jean-Baptiste de Bousset, Marin Marais, Michel Lambert, Henry Purcell, etc.) a progressivement laissé place, à la surprise des lycéens, aux Beatles (« Yesterday »), à Barbara (« Gare de Lyon ») et à une reprise « opéra » du rappeur Jul !
Entre chaque morceau, les deux jeunes artistes donnent aux lycéens quelques rudiments sur la musique baroque. « Je soutiens ma voix car, à l’époque baroque, il n’y avait pas de micros », analyse Marie Théoleyre qui précise que l’on ajoutait « des fioritures et des ornements dans les morceaux de musique baroque, comme cela se fait dans la peinture et la sculpture ».
À l’issue du concert, les élèves sont invités à échanger avec les deux musiciens. « C’était vraiment incroyable. J’ai adoré la dernière (la reprise de Jul, NDLR) car c’était très rythmique ! », réagit une lycéenne. Ses petits camarades enchaînent avec une série de questions : « vous aimez ce que vous faites ? », « vous êtes payés combien ? », « vous pouvez chanter sans partition ? ».
Une fois les échanges terminés, Kayane, 16 ans, en première à Paul Eluard, confie qu’il a « aimé la variété de sons ». Si la musique baroque n’est « pas son truc », il peut comprendre que « les personnes aiment ça ». Quant à Leila, 16 ans, en première à Paul-Éluard, elle a « beaucoup aimé le concert car cela change du rap ». Sa copine Andréa, qui est dans la même classe, a de son côté particulièrement apprécié « les paroles et les intonations ».
« Ces concerts permettent d’aiguiser la curiosité des élèves car on leur fait découvrir une langue qu’ils ne connaissent pas », estimait de son côté Nicolas Candoni, le directeur général du festival de Saint-Denis. Selon lui, nombreuses sont les personnes qui « imaginent que la musique classique s’adresse uniquement aux classes aisées, que ce n’est pas une musique pour les jeunes. Ce sont des a priori qui les dissuadent de passer le cap ».
Raison pour laquelle il estime qu’il est important de « montrer les passerelles qui existent entre la musique d’hier et d’aujourd’hui » pour « susciter un déclic chez ces jeunes ». En espérant qu’ils auront par la suite « envie d’aller voir un concert de musique classique ».
Et de donner rendez-vous aux Dionysiens le 26 mars à la Basilique Saint-Denis pour un concert du Kyiv Chamber Choir, le prestigieux chœur de chambre basé à Kiev (Ukraine). Organisé par le festival de Saint-Denis, il rentra un hommage musical à l’esprit du peuple ukrainien, dans le cadre de la saison de l’Ukraine en France.
« L’Ukraine a une grande richesse culturelle », rappelle Nicolas Candoni qui souhaite « montrer un autre visage de ce pays », deux mois avant le début du prochain festival de Saint-Denis qui se déroulera du 28 mai au 23 juin.