Exposition « Banlieues Chéries » : la banlieue populaire vue par ses habitant·es en situation de handicap
Succès public en 2025, avec une fréquentation record de plus 100 000 visiteurs pour le Musée de l’histoire de l’immigration, l’exposition Banlieues Chéries s’installe à Saint-Denis – Pierrefitte en octobre à l’espace Niemeyer et au Fauvettes City Club. Ces deux parcours ont vocation à témoigner de la vie dans les banlieues populaires à travers les arts, l’histoire et les sciences sociales. L’édition de Saint-Denis – Pierrefitte est réalisée par l’école et centre d’art Villa D., en partenariat avec le Musée de l’histoire de l’immigration de Paris.
Dans le cadre de sa médiation culturelle, la commissaire de l’exposition Horya Makhlouf a choisi de faire appel deux associations du territoire pour apporter leur regard local : le Fauvettes City Club à Pierrefitte et le service d’accueil de jours de l’association APF Handicap à Saint-Denis. Cette dernière, installée près de l’hôpital Delafontaine, accueille une trentaine de personnes en situation de handicap moteur et/ou mental dans des locaux lumineux, où elles participent à des activités variées encadrées par des animateurs et animatrices professionnels.
Nicolas, animateur à l’association APF Handicap, note au tableau les observations des participants.
Ce mardi 28 juillet, alors que la plupart sont partis pour un barbecue, un groupe de huit s’est installé dans une salle pour une après-midi studieuse. Leur mission pour Banlieues Chéries à Saint-Denis – Pierrefitte : rédiger les cartouches d’œuvres ainsi qu’un article pour le livret d’exposition. Pour cela, ils s’appuient sur une sélection de photographies qu’ils commentent ensemble pour trouver l’inspiration. « Le but aujourd’hui, c’est de trouver comment on va raconter ce que vous voulez dire », résume Nicolas Fillonneau, l’animateur mobilisé sur le projet. Participer à la médiation culturelle de l’exposition rejoint l’objectif de l’association : faire sortir du monde du handicap, ouvrir sur les possibles afin que les personnes en situation de handicap soient pleinement incluses dans la société.
Décrire ce que l’on voit
Le sujet tient à cœur à Grace, qui habite Saint-Denis – Pierrefitte comme l’ensemble des participant·es. « Nos familles nous acceptent comme on est, pas comme le monde extérieur », constate-t-elle, visiblement touchée par des années de discrimination. Faire communauté est tout aussi important pour Ludovic, qui s’engage comme citoyen dans les associations. « Je fais du bénévolat aux Restos du Cœur », précise-t-il. Il est aussi bénévole de la Maison de la solidarité de la Ville de Saint-Denis – Pierrefitte un mardi sur deux et a participé à la dernière Nuit de la solidarité en janvier 2026.
Une fois les grands thèmes importants pour elles et eux énumérés, il est temps de passer aux commentaires de photographies. Chacun·e détaille ce à quoi l’image lui fait penser, et Nicolas prend note sur le tableau blanc et son cahier. Une photographie de ciel bleu prise à Pierrefitte rappelle à Janet* « les grandes cheminées » près de chez elles. Pour Mohamed, « c’est pas mal ». Gérard* ne semble pas très emballé par le cliché, tout comme Dylan.
Grace regarde une photographie de ciel bleu, parmi la sélection d’œuvres pour l’exposition « Banlieues Chéries » à Saint-Denis – Pierrefitte.
La discussion se porte ensuite sur des photos du Stade de France. Le groupe s’est mis d’accord pour qu’un triptyque soit fait. Pour Grace, l’enceinte sportive est « un endroit de partage, avec beaucoup d’histoires, beaucoup de monde, beaucoup de nations ». « C’est chez moi, c’est mon quartier », déclare Mohamed. Un photomontage, où les vitraux de la basilique Saint-Denis s’immiscent dans l’architecture du stade, captive longuement Dylan. Ils et elles sont nombreux à être déjà allés au Stade de France, notamment grâce à l’association Premiers de cordées. Grace affirme qu’il y a deux ans, elle y a rencontré Kylian Mbappé. Janet est sensible à la lumière des photos. « On dirait un bateau », remarque-t-elle en regardant une photographie du stade illuminé en pleine nuit.
« C’est la réalité »
Image suivante : un autre photomontage, cette fois-ci d’une ville composée de grands immeubles extraordinaires et colorés. « Ça fait penser à l’enfance, aux Legos », commence Grace. À part elle, tout le monde vit en appartement. Rapidement, tout le monde s’imagine la vie dans ce quartier imaginaire : là la boulangerie, il y a une caserne de pompiers, ici un foodtruck. Même la question du stationnement est évoquée. Ludovic se sent particulièrement concerné par la sécurité routière. Des bus fiables aussi. « Le bus, c’est la sécurité, quand on est fatigué ou quand il y a mauvais temps », explique Grace. « C’est la réalité », renchérit Mohamed. Le groupe en vient à discuter de la voirie abîmée et des trottoirs où il y a trop de trous.
Ludovic (en rouge) et Mohamed (en blanc) échangent sur un photomontage de paysage urbain.
Le cliché d’après montre une femme faisant ses courses dans une épicerie où trouver des produits exotiques. Ils et elles citent les légumes au premier plan : manioc, ignames, patates douces. Cela rappelle le Congo et l’Angola à Grace et la Martinique pour Ludovic. « Vous allez faire vos courses tout seul ? », demande Nicolas. Rarement, les courses se font accompagnées d’un proche. Quant à la femme sur la photo, c’est « une personne pensive » selon Grace, qui se dit peut-être : « Moi, j’ai acheté tout ce qu’il me faut mais d’autres ne le pourront pas. »
Enfin, la dernière image commentée cet après-midi est la plus onirique. « On dirait un rêve », dit Janet de cette illustration de nuit où la ville se confond avec un port, et le ciel avec des vagues. Devant elle, Dylan, qui est resté très silencieux pendant les discussions, prend la parole : « C’est un peu beau. »
* Le prénom a été modifié