Mise à jour le 10.03.2026
Julien Moschetti
5 minutes

TGP : des ateliers théâtre pour apprendre aux jeunes à lâcher prise

TGP
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Julien Moschetti / Ville de Saint-Denis
Le Théâtre Gérard Philipe (TGP) organise chaque année des ateliers théâtre gratuits pour les enfants et les adolescents durant les vacances scolaires (d’octobre à juillet). Nous avons assisté à l’un d’entre eux, ce jeudi 5 mars. Reportage.

« L’échauffement est important car il vous permettra ensuite d’être dans le temps présent, d’avoir une pleine écoute. On va éveiller l’énergie et la folie que chacun a en soi, mais aussi éveiller ses partenaires ! », explique Elsa de Belilovsky, la comédienne expérimentée (théâtre, cinéma, télévision, etc.) qui anime le troisième jour d’un atelier théâtre au Théâtre Gérard Philipe (TGP), ce jeudi 5 mars. Face à elle, une dizaine de jeunes âgés de 13 à 18 ans l’écoutent attentivement.

Destinés aux enfants (de 8 à 12 ans) et aux adolescents (de 13 à 18 ans) de Saint-Denis, ces ateliers de pratique artistique (gratuits) se déroulent chaque année durant les vacances scolaires (à l’exception des vacances de fêtes de fin d’année). D’une durée de trois jours, ils s’adressent à une quinzaine de participants qui souhaitent s’initier à la pratique théâtrale ou en prolonger la découverte.

« C’est la première fois que je fais du théâtre et j’aime beaucoup ! », explique Hadietou, 14 ans, en 4ème au collège La Courtille (Saint-Denis), quelques minutes avant le début de l’atelier. Il a décidé d’y participer pour « apprendre à mieux m’exprimer, à ne pas avoir honte, à ne pas rester bloqué quand je parle devant les gens ». 

À ses côtés, Perihan, 13 ans, en 5ème au collège Jean-Baptiste de la Salle (Saint-Denis), participe à ces ateliers théâtre depuis deux ans. C’est pour l’aider à travailler sur sa timidité que sa mère lui a conseillé de s’initier au sixième art, mais aussi parce que celle-ci estime que sa fille a des talents de comédienne : « Ma mère me dit souvent que je suis capable d’exagérer mes émotions : ma tristesse quand je pleure, mais aussi la colère ou la joie », confie Perihan.

Sur scène, la jeune fille semble en effet intimidée, mais les exercices d’échauffement lui permettent progressivement de se libérer. Les enfants commencent par former un cercle et sont invités à faire circuler une boule d’énergie, par le geste et la voix. À tour de rôle, ils inventent des sons et des objets qu’ils transmettent au joueur suivant. 

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Julien Moschetti / Ville de Saint-Denis

« Quand on y va à moitié, quand on se regarde, on se bloque », explique Elsa de Belilovsky aux enfants. À l’inverse, quand on rentre dans un personnage, « la honte s’en va. D’où l’importance de ne pas se regarder quand on joue », explique la comédienne qui propose de participer au « jeu des portes ». 

« Choisissez un personnage et venez frapper à la porte d’un camarade qui va vous ouvrir. Ne faites pas uniquement des livreurs s’il vous plaît ! Faites une courte improvisation et, surtout, amusez-vous ! », lance Elsa de Belilovsky.

« Ding ! Dong ! » Une porte imaginaire s’ouvre. Les enfants rivalisent de créativité pour inventer, l’un après l’autre, de nouveaux personnages. « Tu sais qui c’est ? C’est l’URSSAF ! Votre entreprise n’a pas payé ses impôts ! », improvise Florian, 15 ans, en 3ème au collège Elsa Triollet. Quelques minutes plus tard, un de ses camarades se fait passer pour un grand-père : « C’est papy ma petite fille ! Tu te souviens de moi ? »

« Avez-vous observé votre première réaction quand une improvisation démarre et qu’on vous fait une proposition ? », interroge Elsa de Belilovsky. « La personne qui ouvre la porte dit souvent "non". Mais, quand on dit "non", on reste dans sa zone de confort et il ne se passe rien ! Par contre, quand on dit "oui", on accepte de perdre le contrôle, on va vers l’imaginaire et la création, et les histoires se construisent », ajoute la comédienne. 

Une fois l’échauffement terminé, les enfants sont divisés en groupes de quatre. Objectif, réaliser un exercice d’improvisation en intégrant les contraintes suivantes : imaginer des personnages, définir un lieu et un objectif commun. Après un temps de préparation, le premier groupe s’élance. Cayden, 16 ans, en seconde au lycée Suger, a choisi d’interpréter un pingouin perdu au beau milieu de la banquise :

« Je m’appelle Tiblou. Je suis seul depuis 200 millions d’années ! Mes copains pingouins ont disparu. J’attends qu’un ours polaire me mange ou de trouver d’autres copains pingouins ».

Atelier théâtre TGP
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© Julien Moschetti / Ville de Saint-Denis

Très à l’aise sur scène et doté d’une imagination féconde, Cayden nous rejoint à l’issue de l’atelier.  « J’aime bien jouer des personnages variés avec des intentions de jeu différentes », explique le lycéen qui fait du théâtre depuis plusieurs années. Des stages qui lui permis de développer son « éloquence » et de réduire son bégaiement : « Quand je fais du théâtre, je parle fort et j’apprends des textes », si bien que « tout est fluide dans ma tête » et que « j’hésite moins », confie Cayden qui « bégaye toujours un peu mais beaucoup moins qu’avant ».

Quant à Florian, qui faisait du théâtre pour la première fois, il a « beaucoup aimé » cet atelier qui lui a permis de « s’ouvrir et à avoir confiance ». Il a aussi découvert que « si tu joues sans te poser de questions, ça se passe bien », alors que « si tu penses trop, tu vas paniquer ! ». Il estime donc que cette pratique l’aidera à l’avenir à « être encore plus à l’aise avec les gens, à m’ouvrir plus au monde ».

L’une des difficultés principales, pour ces adolescents, « c’est le regard qu’ils portent sur eux-mêmes », nous explique Elsa de Belilovsky à la fin de l’atelier. Mais « sous couvert d’un personnage, ils jouent un rôle et ne se regardent plus ».

Selon elle, l’objectif de l’atelier a été atteint : « le but, ce n’est pas qu’ils deviennent des acteurs, mais qu’ils touchent le plaisir d’être sur scène, sans se juger. Qu’ils rentrent dans une bulle de liberté et de joie ». Pour le savoir, la comédienne leur a demandé si, durant les exercices d’improvisation, les enfants avaient « oublié qu’ils étaient dans un cours de théâtre ».

La plupart ont répondu « oui », signe qu’ils ont réussi à lâcher prise pour, l’espace de quelques minutes, parvenir à s’oublier. 

En savoir plus sur les ateliers théâtre pour enfant au TGP.

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